MAYOTTE : 24 MILLIONS D’EUROS EN PETITES COUPURES TOUS LES SIX MOIS

Michel LHOMME

Selon nos informations, Gabriel Attal, le Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation nationale et de la jeunesse, sera à Mayotte du 24 au 26 février prochain. Il précédera la venue d’Olivier Noblecourt, délégué interministériel à la prévention et à la lutte contre la pauvreté, attendu sur le territoire à la fin du mois de mars prochain. Par ailleurs, des rumeurs circulent annonçant l’arrivée du Premier Ministre Édouard Philippe dans les deux prochains mois. Une visite qui devrait suivre celle de la ministre des Outre-Mer, Annick Girardin. En clair, avant l’arrivée du président de la République en juin prochain, les membres de son gouvernement sont appelés à préparer le terrain. Mais au fait viennent-ils aussi avec des sacs de liquidités ?

24 millions d’euros en petites coupures et même pour le dernier envoi reçu en février, une partie en pièces de monnaie, c’est ce que reçoit sous haute surveillance dans des sacs de transporteurs de fond tous les six mois le port de Mayotte. L’argent est destiné à la Paf (police de l’air et des frontières), aux pratiques sur le territoire de plus en plus louches, à ses fourgons et à ses Lancia. Cet argent est destiné en réalité à payer les frais du renvoi des clandestins aux Comores. On en connaît donc désormais le montant : 48 millions d’euros par an. Ce qui étonne c’est la procédure quasi « mafieuse » de ce paiement sans titres vérifiables par la Cour des Comptes. Proviendrait-elle aussi d’une opération de blanchiment ?

En attendant, la course poursuite contre les clandestins de Mayotte se poursuit sans règles : la semaine dernière, le chirurgien orthopédiste de l’hôpital en a perdu la vie, fauché par un chauffard sans papier qui en fait avait été poursuivi de manière inconsidérée par une voiture de la gendarmerie sur la route conduisant de Kaweni à Mamoudzou à l’heure des grands embouteillages du matin. Bien sûr, il n’y aura pas d’enquête. Incontestablement depuis quelques semaines, les « rafles » des sans papiers de Mayotte se sont intensifiés. Il s’agit de faire bonne figure devant les Mahorais et préparer ainsi la venue de Macron sur le territoire en juin. Sans doute passera-t-il auparavant par Moroni pour saluer l’énième mandat d’Azali après sa victoire probable aux élections comoriennes dont le premier tour a commencé le dimanche 3 mars. Macron dans cette brève escale pourrait signer l’accord secret de l établissement d’un État associé avec les Comores tout en offrant à Mayotte en contrepartie et comme beau cadeau de compensation, la piste longue de l’aéroport, pourtant inutile puisque dans le cadre d’une nouvelle coopération institutionnelle, l’aéroport international de Moroni pourrait suffire. Mais voilà, il faut sans doute donner du travail aux entreprises du bâtiment de la région et surtout noyer le poisson de la feuille de route franco-comorienne sur un projet coûteux réclamé à grands cris par la classe politique locale depuis des années.

Une autre dépense qui ne compte pas c’est celle aussi des vols de l’hélicoptère de la gendarmerie dans le sud de l’île. Jeudi dernier en fin de matinée, l’équipage de la section aérienne de gendarmerie de Pamandzi avait détecté la présence d’une embarcation qui débarquait plusieurs personnes ainsi que des ballots, sur la plage de Dapani, dans la commune de Bandrélé. Une vingtaine d’individus s’enfuyèrent pour ne pas être arrêtés. Résultat : 18 ballots contenant 1000 cartouches de cigarettes, 18 ballots de tabac, et des produits d’hygiène. 400 kg de marchandises ont ainsi été découverts, exemple du trafic illégal et permanent qui se joue entre Anjouan et Mamoudzou.

Dans la nuit précédente de mardi à mercredi vers 03 heures 30 du matin, les gendarmes avaient été alertés de la présence d’étrangers en situation irrégulière (les « ESI » dans le jargon de la PAF) au carrefour de Chirongui. Arrivés rapidement sur les lieux, les militaires ont interpellé 9 hommes, 4 femmes et un enfant mais ce n’étaient pas des Comoriens : ils étaient tous originaires d’Afrique de l’Ouest, arrivés au cours de la nuit sur la plage. L’arrivée régulière de clandestins du Congo et même maintenant du Cameroun atteste d’une nouvelle « ligne » d’immigration vers la France via Mayotte. Fait nouveau : on y trouve maintenant des femmes avec des enfants que la France vu le code de l’éducation se devra de scolariser.

On notera enfin que le député républicain de Mayotte, Mansour Kamardine avait déposé la semaine dernière au Journal Officiel une question écrite interpellant la garde des Sceaux Ministre de la Justice sur les troubles à l’ordre public créés par les ressortissants comoriens qui viennent faire campagne sur le territoire du 101ème département. Le député de Mayotte lui demandait d’appliquer l’article 23-7 du code civil « déchéance de la nationalité » au nom de l’article 410-1 du Code pénal sur la défense de la souveraineté nationale et de son intégrité. Il s’en prenait à la campagne électorale faite à Mayotte auprès de la diaspora comorienne de Fahmi Said Ibrahim. Nonobstant, nous ne pouvons nous empêcher de sourire un peu devant l’attitude justifiée de Mansour Kamardine quand on sait comment depuis plus de trente ans le Parti Républicain s’est couché sur l’identité française et n’a pas cessé de trahir la souveraineté française que ce soit par sa politique européenne ou son laxisme face à l’immigration. Avec 48 % d’habitants de nationalité étrangère, dont une grande majorité de Comoriens, Fahmi Saïd Ibrahim a tout simplement compris que Mayotte, petit laboratoire du devenir français, n’est déjà plus démographiquement « française ».

Enfin, avec trois avions cloués au sol en pleines vacances de février, il était impossible à Air Austral, unique compagnie à desservir Mayotte en long courrier, d’assurer la liaison avec La Réunion et la métropole. Durant près de quatre jours, Mayotte a été quasiment coupée du reste du monde, si l’on exclut les liaisons régionales vers les Comores. On peut alors s’interroger sur l’absence de fermeté de la préfecture avec une compagnie qui semble faire peu de cas du suivi de ses passagers contraints à dormir sur des lits de camp de fortune dans l’aéroport sans même assurer le service élémentaire de tous les repas. De fait que deviendrait le plan d’évacuation de l’île en cas d’absence de liaison aérienne ? Qu’en est-il de la continuité territoriale ?

En juin, Macron et l’État français en apportant dans ses bagages la piste longue à Mayotte, véritable poudre aux yeux concédée à la caste politique mahoraise croira une fois de plus régler les problèmes de Mayotte par une nouvelle gabegie financière mais après tout que valent 24 millions d’euros tous les six mois dans des sacs de jute pour acheter en douceur l’improbable paix comorienne ?