MAYOTTE : APRES L’ESPOIR, LA DÉCEPTION

par Mansour KAMARDINE, député (LR) de Mayotte

Le président de la République a ordonné le déploiement dans le Sud de l’Océan indien du porte-hélicoptère amphibie Le Mistralqui est accompagné de la frégate légère Guépratte.

Cette annonce a suscité un important espoir à Mayotte qui craint une épidémie du coronavirus particulièrement mortelle,compte-tenu des caractéristiques d’éloignement géographique, des facteurs urbains et démographiques favorables à une expansion fulgurante de l’épidémie dans les bidonvilles et surtout d’un sous-équipement médical qui pourrait être partiellement compensé par les capacités hospitalières du Mistral (2 blocs opératoires, 1 service de réanimation, 69 lits d’hôpital et le personnel médical).

Cet espoir que les 400 000 habitants de Mayotte ne soient pas abandonnés à leur sort et à un système de soin sous-dimensionné a été douché froidement.

En effet, Le Mistral mouillerait au large de La Réunion qui compte 4 fois plus de lits de réanimation par habitant que Mayotte (16 à Mayotte et 120 à la Réunion, en poussant les murs et en comptant les lits de réaffections 25 et 220 respectivement) et serait cantonné à une mission logistique, de transport et de stockage. Il ne serait pas armé médicalement. Il arriverait dans la zone entre le 4 et le 8 avril.

C’est un quadruple non-sens : 

1/ Ni Mayotte ni La Réunion n’ont de difficultés d’approvisionnement et de stockage en produits de base et alimentaires ;

2/ Il est beaucoup plus rapide d’approvisionner nos îles en matériels et équipements sanitaires par avion-cargo (un avion A400M et son équipage transporte 30 tonnes de fret de Métropole à Mayotte en 12 heures escale technique comprise alors que Le Mistral est attendu dans une semaine) ;

3/ Il est beaucoup plus onéreux d’effectuer la même mission avec un navire pesant 16 500 tonnes à vide et son équipage de 160 personnes ;

4/ Mayotte a besoin d’un renforcement de capacités hospitalières alors que le Mistral ne serait pas armé médicalement notamment en équipes médicales.

Je ne peux penser que les plus hautes autorités de l’Etat aient mobilisé l’armée pour se cantonner à fabriquer des images de transbordement de marchandises. Je ne peux imaginer que le choix du mouillage du Mistral ait été dicté par des considérations purement politiciennes plutôt que par l’utilité publique et sanitaire. Je ne peux croire qu’un navire hôpital puisse venir à Mayotte en pleine crise sanitaire sans les équipes médicales dédiés à ses 69 lits d’hôpital potentiels. Pour ma part, je ne peux accepter et cautionner les choix qui ont été arrêtés pour l’instant.

C’est pourquoi je demande que la mission du Mistral soit revue de fond en comble avec un armement médical du navire et son mouillage à Mayotte qui est quatre fois moins bien équipé par habitant que la Réunion et l’envoi de la frégate légère Guépratte à mi-distance entre Mayotte et l’île comorienne d’Anjouan afin de prévenir le très fort risque migratoire induit par le développement de l’épidémie de coronavirus dans l’union des Comores.