AGRICULTEURS ESPAGNOLS SUR LE PIED DE GUERRE

par Jordi GARRIGA

Les agriculteurs et les éleveurs espagnols ont lancé cette semaine une intense campagne de mobilisation, promue par les principaux syndicats du secteur, pour dénoncer la situation précaire dans laquelle ils se trouvent et dont le dernier coup fatal, selon eux, a été l’augmentation du salaire minimum interprofessionnel (SMI).

Les manifestations ont été particulièrement vives dans la région d’Estrémadure, où des manifestants ont été battus par la police mercredi, en Castille-León – plus de 7000 travailleurs de terrain mobilisés – et en Andalousie, avec des coupures de route et des pneus brûlés à Jaén. Les concentrations se poursuivront la semaine prochaine en Cantabrie, Castille-La Manche, Madrid et Murcie.

La campagne espagnole est sur le pied de guerre et il était temps. Nous avons tous entendu plus d’une fois parler de la marge économique embarrassante entre le prix payé au producteur et le prix de détail final dans les magasins et les supermarchés. Nos agriculteurs sont victimes de la mondialisation qui s’impose partout.

Dans le monde d’aujourd’hui, acheter et transporter des tonnes de fruits, légumes et légumineuses à des milliers de kilomètres est beaucoup plus avantageux pour l’intermédiaire que de faire de même chez soi. C’est normal, car le système de marché impose le profit comme objectif suprême de l’économie. Si ces cultures sont faites au détriment de l’environnement ou des droits fondamentaux du travail, c’est un effet secondaire dont personne ne se soucie vraiment: vous devez vendre et gagner de l’argent.

La chose honteuse est de vérifier l’alliance entre progressistes et libéraux, parmi ceux qui prétendent défendre les droits des travailleurs alors qu’en réalité ils ne sont que des marchands d’esclaves, en favorisant l’immigration incontrôlée et le déracinement culturel, qui à leur tour ne profite qu’aux employeurs de cette main-d’œuvre bon marché et délocalisée, heureuse d’améliorer quelque peu sa condition de vie individuelle, dans un monde où tous les gens ne font que « se sauver qui peut et après nous, le déluge ».

Les agriculteurs espagnols ont tout à fait raison de se mobiliser, malgré les insultes d’un gouvernement qui les qualifie d’ultra-droitiers et peu prolétaires. Ce sont les gilets jaunes espagnols. Je suppose qu’il semble bon à ce gouvernement gauchiste que, depuis deux ans, la vente à perte pratiquée par de nombreux supermarchés (vente en dessous du prix de revient) qui était auparavant interdite en Espagne, soit désormais légale grâce aux réglementations de l’Union européenne.

Un gouvernement espagnol qui participe aux sanctions contre la Russie, fermant ce marché de plus de cent millions de consommateurs à nos produits depuis plus de cinq ans et permettant à d’autres pays de conserver nos avantages. Un gouvernement qui avale que notre bien-aimé allié américain, le même qui nous oblige dans le cas russe, fixe désormais des tarifs d’exportation prohibitifs pour les USA.

Oui, les agriculteurs s’opposent au nouveau SMI, qu’ils considèrent comme une autre plaque au-dessus de la tombe que tout le monde creuse pour eux. Être agriculteur en Espagne, c’est pleurer et on considère comme préférable la destruction d’une récolte que sa vente presque abandonnée. Et puis, oui, il y a des manifestations et des manifestes pour « l’Espagne vide » (l’Espagne rurale qui manque d’habitants) sans que personne ne fasse vraiment quoi que ce soit pour les vrais problèmes des gens qui y vivent.

Si notre pays était souverain, la distribution des produits de nos champs, beaucoup de première nécessité, devrait être nationalisée ou du moins fortement contrôlée pour éviter les abus, et de même pour les transports et l’énergie. Mais … nous sommes une colonie de l’Union européenne, et nos agriculteurs sont de plus en plus acculés comme un vestige du passé. Le Marché des apatrides préfère des millions d’esclaves qui grattent des terres au prix dérisoire.

Aujourd’hui plus que jamais, nous devons soutenir nos agriculteurs: la terre, le paysage, ses fruits et les traditions que vivaient nos ancêtres sont nos racines et notre culture. Quand on se nourrit, comme quand on s’habille, on fait bien plus qu’un acte matériel: c’est un acte d’identité, on dit qui on est. C’est pourquoi sa protestation est en fait la protestation de la patrie espagnole qui résiste à la mort, malgré le gouvernement, malgré l’Union européenne et malgré le Marché tout-puissant.