BRETONS ET NORMANDS, PEUPLES FRÈRES ? 2/2

HOMMAGE A CAMULOGÈNE.

Par Christian PACAUD et Pierre LANCE

Nous poursuivons ici la publication de la deuxième partie du long texte sur la Normandie, les Normands et les Bretons. (https://metainfos.fr/2019/03/15/bretons-et-normands-peuples-freres-1-2/) ML.

HOMMAGE A CAMULOGENE

Originaire de la Normandie actuelle, Camulogène est un vieillard mais il possède une profonde expérience militaire. Au lever du soleil, le combat commence dans la plaine de Grenelle. Les Gaulois, animés par l’exemple de Camulogène, se défendent avec la plus héroïque intrépidité ; pas un ne faiblit ni ne quitte son poste, mais ils sont taillés en pièces et Camulogène rend le dernier soupir au plus fort de la mêlée. 

Aprés la défaite d’Alésia, les peuples bretons et normands, comme d’autres, tentèrent de continuer la résistance. Les Calètes, les Aulerques et les Véliocasses se joignirent aux Bellovaques de Beauvais et aux Ambiens d’Amiens et tinrent longtemps en échec sept légions romaines grossies d’auxiliaires rèmes.

Les Saxons

Dés le deuxième siècle après J.C., les Saxons commencent à s’enhardir sur les côtes de la Manche et plus particulièrement dans l’estuaire de la Seine. Mais leur pénétration restera insignifiante, le pays étant fortifié par le « front de mer germanique » ou « littus saxonicum », s’appuyant sur des places fortes.

Les Francs, brouille entre Bretons et Normands

Au cinquième siècle, les Francs foulent le sol de la Normandie comme celui de presque toute la Gaule, repoussant dans certains endroits les « Gallo-Romains ». Ainsi, dans le Cotentin, ceux-ci abandonnent le littoral et la région de Vallonia (aujourd’hui Valognes). Les Francs n’étaient pas assez nombreux pour occuper le pays et se contentèrent le plus souvent de s’approprier les grands domaines.

C’est toutefois à partir de cette époque qu’apparut une différenciation accrue – et parfois même une certaine animosité – entre Bretons et Normands. Mais ceci tenait à des facteurs politiques concernant les dirigeants et non les populations. En effet, dès avant l’arrivée des Francs, l’empire romain avait pratiquement abandonné la presqu’île bretonne et les Francs n’y entrèrent que très symboliquement. Peu après arrivèrent en Bretagne les émigrants celtiques d’outre-manche, chassés à leur tour par l’expansion germanique et qui accentuèrent le particularisme breton en lui redonnant l’usage d’une langue celtique, au moment où la langue des Gallo-Romains était devenue un mélange d’ancien gaulois et de latin en pleine mutation. Bien que la Bretagne dut souvent reconnaître la suzeraineté des rois francs, elle resta pratiquement indépendante (jusqu’au IXe siècle où elle le devint complètement). La Normandie étant au contraire complètement intégrée au royaume franc, la séparation fut accentuée et consommée par les combats qui opposèrent les Francs et les Bretons sur la frontière des deux provinces. A noter également que lorsque Rollon (un Viking), reconnaît en 923 Raoul de Bourgogne comme roi de France, ce dernier le récompense en lui donnant la région de Vernon, entre Seine et Eure, ainsi que Bayeux, Le Mans et Sées. Mais aussi, le duc de Normandie, Guillaume-Longue-Epée, fils de Rollon, obtint le Cotentin et l’Avranchin malgré la résistance des Bretons !! Mais lors de la guerre entre le roi d’Angleterre Jean sans Terre et Philippe-Auguste, la noblesse bretonne et poitevine, alliée au roi de France, s’emparera du Cotentin et du Mont-Saint-Michel, tandis que ce dernier prendra Rouen le 24 juin 1204. Les deux corps feront leur jonction à Caen. Durant le conflit, les populations normandes étaient restées neutres et seuls quelques seigneurs avaient soutenus le duché. La majorité de la noblesse, d’origine française, indisposée par les méthodes de Jean-Sans-Terre, avait adopté la même attitude que le peuple.

Les Vikings

Les « rois de la mer » font leur apparition au début du IXe siècle sur les côtes de la Normandie. Regnar Lodbrog remonte la Seine jusqu’à Paris en 845 avec 120 drakkars (40 à 70 hommes par embarcation). Ils finissent par être battus à Brissarthe. 879 les verra de retour et Siegfried entre à Rouen le 25 juin 885. Charles le Gros leur cède la Bourgogne. En 890 et 896, les incursions des Vikings se heurtent aux troupes de Charles le Simple. Rollon, essayant sans succès d’assiéger Chartres, conclut avec Charles le Traité de Saint-Clair-sur-Epte qui lui livra Rouen, Evreux et Lisieux et en fit le vassal du roi de France à la tête d’un duché indépendant. En dépit d’interventions scandinaves victorieuses, les « Normands » (Vikings) s’assimilèrent de plus en plus aux Français. Richard 1er, complètement francisé, aida Hugues le Grand à instaurer définitivement la dynastie capétienne et dès lors, les rois de France et les ducs de Normandie se soutiendront mutuellement.

Il est difficile d’évaluer dans quelle proportion les invasions Vikings avaient modifié l’ethnologie du pays. Les Scandinaves n’ont jamais pu être très nombreux. Leur plus grande armée, celle de Siegrfried, n’aurait pas dépassé 40.000 hommes. Selon Emile G. Léonard, « on ne peut parler précisément de l’influence ethnique des Nordiques en Normandie ». Mais en outre, le caractère aventureux et guerrier de ces marins-pirates, transmis à leurs descendants, ne pouvait que limiter leur sédentarisation et les pousser à de nouveaux départs. Et de fait, les Vikings iront bientôt, dés 1016, se tailler des principautés dans l’Italie méridionale, en 1050 combattre les musulmans en Espagne, puis leur enlever la Sicile par une guerre de trente ans (1061-1091). Lorsque Robert le Magnifique meurt loin de la Normandie, son fils Guillaume (appelé plus tard « le Conquérant ») n’a que huit ans et les vieux « Normands » (Vikings) en profitent pour attaquer ses partisans. Ils chargeront au vieux cri païen germanique « Thor aïe » (« Thor aide »), mais ces Scandinaves seront battus. Comme on l’aura compris, le pouvoir en Normandie est désormais entre les mains d’anciens Vikings gallicisés baptisés « normands ». Cependant, les descendants de Vikings n’auront de cesse de conspirer. Chassés par les Anglo-Saxons d’Angleterre, ils reviendront lors de la conquête de celle-ci par Alexandre aidé par les forts contingents des barons de Normandie, une Normandie qui se vida alors d’une bonne partie de ses Vikings. Les Bretons, qui se souvenaient sans doute d’avoir été chassés d’Angleterre par les Saxons, prirent part à l’expédition. Les troupes du roi Harold ayant dû faire face à un autre débarquement, norvégien celui-là, ne purent empêcher à temps celui de Guillaume et furent battus à Hastings le 14 octobre 1066. Guillaume déposséda tous les Anglo-Saxons qui avaient pris parti contre lui et s’adjugea 1422 domaines tout en distribuant 60.000 fiefs à ses normands vikings. Dés lors, Guillaume devint beaucoup plus tard roi d’Angleterre et Duc de Normandie. Toujours guidés par leur goût de l’aventure, les « rois des mers », dirigés par Robert de Normandie, fournirent un fort contingent lors de la première croisade (1096 à 1099).

La Normandie Viking avait vécue.

La Guerre de cent ans

En Normandie, l’assimilation se fera pendant la guerre de cent ans. Les Anglais auront les succès militaires que l’on sait, mais susciteront une forte résistance patriotique en Normandie. les opposants irréductibles à l’invasion anglaise se trouvaient surtout dans la noblesse d’origine française et le peuple. La Normandie devint le théâtre d’une guérilla incessante. Les pro-Anglais furent appelés par le peuple les « Français reniés » [On n’en manque pas de nos jours !!]

Les milices communales participèrent activement à la lutte contre l’envahisseur. Alain Blanchard, à la tête de la milice de Rouen, résista héroïquement aux Anglais. Henri V ayant pris la ville, il fit pendre Blanchart (19 janvier 1419). L’exemple de Jeanne d’Arc fortifia, comme partout ailleurs, l’esprit de résistance. Des bandes paysannes, auxquelles se mêlent parfois des gentilshommes, se forment dans les forêts du pays et harcèlent les Anglais. En 1432, un certain Ricarville enlève le château de Rouen et manque de prendre la ville. Sous les ordres du roturier Cantepie et du Sire de Marville, 12.000 paysans assiègent Caen en 1434. Jean de Grouchy, commandant 104 partisans, reprend Harfleur par escalade en 1434. Au Mont-Saint-Michel, les nobles du Cotentin commandés par Louis d’Estouteville résistent à un investissement de plus de dix ans et à des assauts anglais forcenés de 1424 à 1434. Ils sont ravitaillés de nuit par le pêcheur Yvon Prious dit « Vague de Mer ». Le paysan Le Caruyer en Pays de Caux et un nommé Boschier dans le Val de Vire soulèvent les populations. En 1440, un capitaine de Charles VII, Robert Floquet, reprend la ville d’Evreux. Débarquant du Mont-Saint-Michel, d’Estouteville enlève Granville à l’ennemi. En automne 1449, Arthur de Bretagne et son neveu reprennent le Cotentin et le Bâtard d’Orléans la Haute Normandie. Le 29 octobre, le soulèvement des Rouennais oblige la garnison anglaise à se rendre. Une armée de secours débarquée à Cherbourg est battue à Formigny le 15 avril 1450 et la reconquête s’achève rapidement par la reprise de Caen le 24 juin et de Cherbourg le 12 août. L’anneau ducal est solennellement brisé en séance de l’Echiquier de Normandie le 9 novembre 1469.

La Normandie reprend sa place dans la Gaule, devenue la France.

Cf blog de Maxime Delettre

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