LE VENEZUELA BICÉPHALE

Michel LHOMME

Comme toujours, la crise politique vénézuélienne est ambiguë : Nicolas Maduro ne convainc pas à cause de la débâcle économique du pays, mais voir Donald Trump et Bolton comme les garants de la démocratie à venir laisse circonspect. Oui, et nous l’avons vu de nos propres yeux, on meurt de faim au Venezuela contrairement à ce que démentent de vieux analystes marxisants (https://www.mondialisation.ca/maduro-%e2%80%89aucun-soldat-yankee-nentrera-au-venezuela/5630953

), oui, la jeunesse fuit leur pays clandestinement au Pérou et en Colombie où filles et garçons se livrent à la prostitution pour survivre, suivant en cela une tradition cubaine.C’est que le Venezuela connaît une double crise d’efficacité : une inefficacité sociale celle d’une idéologie erronée le bolivarisme qui conduisit Hugo Chavez au pouvoir et une inefficacité économique aujourd’hui, celle du collectivisme communiste.

Le Venezuela se retrouve bicéphale, avec deux têtes. Au milieu de manifestations massives de soutien à la démocratie conduite, le président de l’Assemblée nationale, le député Juan Guaido assume la Présidence du pays selon une procédure prévue par la Constitution. Quelques jours auparavant, le 10 janvier, le Parlement avait déclaré Nicolas Maduro, « usurpateur » du poste. Il avait « gagné » une élection improvisée qui n’était ni libre ni équilibrée, dans lequel il avait manifestement triché après s’être assuré d’exclure tout candidat ayant des possibilités via la disqualification, l’exil, la prison et même la mort et l’assassinat politique.

La présidence provisoire a une fonction fondamentale: conduire le pays à des élections équitables dans les meilleurs délais. Une série d’actions et de réactions ont précipité l’événement. Après avoir déclaré l’usurpateur Maduro, le Parlement a choisi un nouvel ambassadeur auprès de l’Organisation des États américains (OEA). La Cour suprême, le pouvoir judiciaire de Maduro, a estimé qu’il s’agissait d’un affront et a réagi en exhortant le ministère public à procéder à une arrestation du conseil parlementaire. C’est à la suite de cette décision publique que Guaidó a été assermenté, essayant de faire monter le coût politique d’une éventuelle détention.

Il semble clair que les deux têtes ne peuvent pas vivre longtemps ensemble. Une devra tomber mais laquelle ? Avec la jeunesse de Guaido, Maduro a vieilli brusquement montrant des signes de rétention mais s’accrochant au pouvoir à tout prix. Un jeune chef a au contraire reçu l’appui de la majorité de la communauté internationale, et en particulier latino-américaine alors que l’autre est soutenu par des baïonnettes de prévaricateurs, de suceurs de peuple. La plupart des pays de l’hémisphère sud-américain ont accepté très rapidement Guaidó en tant que président légitime. L’Argentine, le Brésil, le Canada, le Chili, la Colombie, le Costa Rica, l’Équateur, le Pérou et le Paraguay ont reconnu le nouveau jeune Président du Venezuela. La même chose d’ailleurs ne s’est pas produite avec les déclarations des pays européens, qui ont été beaucoup plus lentes. La France fragilisée par les gilets jaunes et sa politique ultra libérale, le Royaume-Uni et la Suisse ont été les deux pays qui ont le plus accepté le serment de Guaido tandis que l’Union européenne a publié une déclaration tiède qui a ignoré ce qui s’est passé le 23 janvier. Le ministre des Affaires étrangères d’Espagne, Josep Borrell a appelé à une réponse européaniste par consensus, c’est-à-dire ne s’est pas mouillée , étant donné les connivences de ceux qui sont partenaires du PSOE au gouvernement avec la dictature bolivarienne.

Le Venezuela est devenu le problème hémisphérique le plus grave des Amériques. Toute la région, et en particulier les pays andins, subit les conséquences d’un exode incontrôlé qui pourrait toucher quatre millions de Vénézuéliens, soit environ 15% de la population nationale. C’est une émigration qui cause un grave déséquilibre sous-régional et qui étend la tragédie vénézuélienne à plusieurs pays d’Amérique latine, avec la génération d’épidémies xénophobes dangereuses, comme celle survenue récemment en Équateur, et mettant en péril les systèmes socio-sanitaires des pays andins. Le phénomène pouvant générer un effet domino de grande instabilité régionale, le soi-disant Groupe de Lima a réagi le 23 janvier à l’unisson et avec une grande rapidité. En un an, dans un quartier pauvre de Lima comme Santa Anita, les Vénézuéliens affluent.

Cette crise ne peut pas seulement être analysée de manière abstraite et idéologique mais aussi sur une base régionale à cause justement de l’effet déstabilisateur de l’exode massif des Venezueliens. Il est amusant de voir comment d’aucuns qui fustigent l’immigration en France soutiennent le régime de Maduro par anti-américanisme primaire alors qu’en même temps d’ailleurs, il y a quelques mois, il saluait la victoire du populiste Trump aux élections américaines. Un peu de cohérence, camarades à moins qu’aussi vous défendez Cuba !

Cuba détient une partie de la clef de la crise vénézuélienne en raison de son influence sur Maduro. Cuba est le plus intéressé à ne rien changer à Caracas : d’où viendra demain l’essence de ses vieux taxis  ? Le Nicaragua soutient aussi Maduro : son gouvernement réprime dans le sang ceux qui osent réclamer la démocratie et du pain.

Que peut-il se passer maintenant? Le soutien américain au « président par intérim » se traduira très probablement par une augmentation des pressions économiques et pétrolières contre le régime de Maduro, ce qui pourrait ouvrir de nouvelles perspectives de négociation aux niveaux intermédiaires de l’appareil d’État. Les opérations commerciales et financières liées à la République, notamment l’achat de pétrole et l’administration d’actifs à l’étranger, devraient désormais être liées à la nouvelle direction. Il en ira de même avec l’aide humanitaire très demandée que le gouvernement a été contraint idéologiquement de refuser. Quant à la Russie, elle ne peut que défendre jusqu’au bout Caracas mais pourquoi au fait ?

Ce que peu de gens savent, c’est que les réserves pétrolières du Venezuela, les premières au monde, sont déterminantes pour le prix international du pétrole. Logiquement, un pétrole bon marché intéresse les  pays qui consomment plus un pétrole de ce qu’ils  produisent. Et, à l’inverse, un plus grand prix est convenable aux pays qui produisent plus qu’ils ne consomment, parce que ce sont ceux qui vendent le pétrole. Dans la première catégorie, celle des consommateurs de pétrole, on trouve bien sûr les États-Unis et les pays de l’Europe occidentale. Et dans les deuxièmes, les pays producteurs, en plus du Venezuela  il y a la Russie. L’Occident contrôle aujourd’hui les réserves et la production de pétrole en Arabie Saoudite, le pays qui a la deuxième réserve de pétrole dans le monde. Après l’avoir contrôlée au moyen d’une monarchie fantoche et d’un onze septembre bien organisé, les États-Unis obligent les Saoudiens à produire un pétrole à un rythme hallucinant, pour forcer les prix à la baisse. Et cela en faisant d’ailleurs en sorte que le gouvernement de l’Arabie Saoudite brûle les ressources naturelles de son peuple pour répondre à l’Occident et pour continuer de gouverner.

L’Occident a besoin effectivement de prendre aussi le contrôle du Venezuela pour faire de même qu’en Arabie Saoudite et forcer le prix international du pétrole à descendre au niveau des centimes de dollar.

Enfin, grâce à ce contrôle, on renforce la possibilité de détruire la Russie, qui a, elle, la troisième plus grande réserve de la planète de  pétrole et de gaz et qui dépend totalement économiquement des exportations de ce produit.

Alors ce que l’Occident réalise contre le Venezuela est une guerre, il est vrai soutenue sur d’autres champs : la sempiternelle guerre du pétrole. Il est donc vrai que l’objectif stratégique américain est de démolir Maduro, parce que Maduro « défend », façon de dire, les ressources naturelles du peuple vénézuélien et cela les corporations, les multinationales pétrolières en fait ne le veulent pas.

La lutte contre la Venezuela n’est donc pas que politique, c’est aussi, il est vrai, une guerre de type économique. Quand on ouvre le journal et qu’on lit qu’au Venezuela, il y a une inflation de l’ordre d’un million de pour cent, ce n’est pas parce que Maduro aime  l’hyperinflation mais parce que le « marché » agit effectivement contre l’économie et contre la monnaie du Venezuela.

Il nous fallait effectivement aussi l’écrire comme il nous faut dire aussi que durant tout son voyage latino-américain, le président de l’Assemblée nationale vénézuélienne, Juan Guaidó était accompagné de la sous-secrétaire d’État US, Kimberly Breier, qui ne le quittait pas d’une semelle et lui indiquait tout ce qu’il devait dire et faire et que Kimberly Breier est réputée avoir été recruté par la CIA lors de ses études à l’université George Washington.

Quant à Macron, préoccupé semble-t-il par la crise algérienne, il devrait savoir que les spéculateurs internationaux prévoient dans les prochains jours une hausse du cours du pétrole. Selon eux, les surplus actuels vont être rapidement épuisés, sous la conjonction de plusieurs facteurs.
L’Arabie saoudite a annoncé réduire sa production de 500 000 barils par jour et le Venezuela ne devrait plus pouvoir exporter en Occident, la vente de sa production étant empêchée par le blocage de ses comptes et la récupération de ceux-ci par le président autoproclamé, Juan Guaidó. Les spéculateurs parient sur hausse de 56 dollars actuellement à 70 dollars au cours du mois de mars 2019.