SPÉCIAL ESPAGNE : VERS L’EXTINCTION DU PARTI POPULAIRE ?

Jordi Garriga, notre correspondant en Espagne

Tous ceux qui ont cru que VOX allait connaître une croissance limitée, ont commis une erreur. Le dernier sondage, qui leur donne 13% des voix et 43 à 45 sièges nationaux, semble le confirmer: le résultat le plus spectaculaire dans les élections en Espagne pour un parti classé « d’extrême droite ».

Que s’est-il passé pour arriver à cette situation? Le PP, déjà à l’époque où il s’appelait AP, a dirigé et agglutiné sous ses acronymes la droite sous tous ses aspects, des nostalgiques du Général Franco jusqu’aux libéraux les plus pro-européens. Sa grande victoire et son essor sont venus de la main d’Aznar, quand il a intelligemment embrassé tout le spectre du centre-droit pour expulser le PSOE du gouvernement, il y a vingt-deux ans.

C’était une bonne époque et le PP, logé dans la logique du bipartisme, a poursuivi une ligne de gouvernement totalement conforme aux normes de l’Union Européenne, tout en étant à la fois PP et PSOE, les versions respectives du chemin de la mondialisation néolibérale.

Mais la crise économique de 2008 a commencé à tout tordre et en 2011, les citoyens ont commencé à se mobiliser dans les rues.

La gauche en a pris note et a commencé à canaliser la colère de larges couches de la population, qui a rendu possible la naissance et la montée de Podemos, en concurrence directe avec le PSOE pour l’hégémonie sociale et politique de l’espace socialiste.

Dans le même temps, et de manière moins évidente, un autre parti est apparu comme l’espoir des Espagnols qui avaient été déçus par la demarche excessive de la gauche et les exigences de Podemos: Ciudadanos s’est présenté alors comme un parti d’ambition centriste et qui semblait imparable depuis presque dix ans. .

Et depuis …VOX a émergé. Présenté comme un démon, comme d’extrême droite, fasciste, etc. Après avoir atteint 12 députés aux élections andalouses, un chiffre qu’ils n’avaient même pas envisagé, et après avoir pris connaissance des estimations des scrutins en cours, on peut parvenir à une conclusion.

Ce n’est pas que le vote à VOX soit un produit éphémère ou de pure et dure fureur, mais sinon qu’une fois que Ciudadanos a pris l’espace situé au centre politique, le PP n’avait plus que la droite. Et cette droite, à laquelle le PP, lors d’élections successives, a déçu et même renié de manière flagrante, en défendant des lois immigrationnistes et en promouvant des politiques qui ont simplement révolté une bonne partie de son électorat, et bien ces derniers l’ont retrouvé aileurs. Avec Vox, les électeurs ont trouvé un interlocuteur, un vrai avec un Abascal et ses militants, qui disent haut et fort ce que la droite veut entendre.

Le PP paie pour son manque de définition et son manque d’adaptation au moment présent. Ceux d’entre nous qui avions pensé qu’à la fin l’électeur de droite retournerait au bercail, nous avons eu tort. C’est fini : le PP est enterré.

À gauche, la répartition est claire entre PSOE et Podemos (sociaux-démocrates et socialistes), tandis qu’entre Ciudadanos et VOX, le PP perdra sa place et il est possible qu’il puisse même revenir à des abysses insoupçonnées.