MACRON ET LE RETOUR ANTICIPE AUX URNES

 Franck BULEUX

Ce lundi soir, 10 décembre 2018, le président Macron va s’exprimer en s’adressant aux Français.

Dans notre système institutionnel, c’est un événement tant les pouvoirs du président de la République sont fondamentaux.

Mise à part la revalorisation du SMIC et des allocations, il pourrait saisir l’occasion pour dissoudre l’Assemblée nationale issue dela majorité sortie des urnes en juin 2017.

En effet, provoquer des législatives anticipées est une solution. Le tempérament gaullien d’Emmanuel Macron pourrait le pousser à cette éventualité. Après tout, de Gaulle l’a fait en 1962 et surtout après Mai 68.

De plus, en cas de retour de la France aux urnes, les oppositions ne sont ni prêtes, ni unies, ce qui peut encore être un avantage pour les candidats de La République en marche (LREM), parti godillot du Président qui règne en maître sur la Chambre basse.

Les mouvements qui constituaient la droite ont explosé, puis implosé l’un après l’autre : le noyau LR (Les Républicains) emmené par le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes regroupe une centaine de députés (sur 577 !), c’est le groupe le plus important de l’opposition, c’est dire… LR est tiraillé de droite à gauche, entre Valérie Pécresse et Nadine Morano. Il y a bien longtemps que les éléments issus de l’UDF (Union pour la démocratie française, fondée par Valéry Giscard d’Estaing en1977) ont quitté le navire. LR n’est plus que le successeur du Rassemblement pour la République (RPR) et il n’en dépasse pas l’étiage électoral du début des années 1980. Laurent Wauquiez, son lider minimo, pourrait-il dépasser les 18 % de Jacques Chirac en avril 1981 ? Un score un peu plus élevé que celui qui était promis à l’humoriste Michel Colucci, dit Coluche,soutenu par Charlie-hebdo à l’époque.

Les mouvements centristes sont légion, certains pro-Macron, d’autres dans l’ « opposition constructive », certains anciens RPR, puis UMP et enfin LR, comme Xavier Bertrand et Christian Estrosi gravitent autour de ces milieux. Le centre n’est-il pas au milieu ? Bref, des hommes et des femmes ambitieux, maîtres de leur chapelle. Chacune des circonscriptions serait envahi de candidats étiquetés « divers droite », « divers opposition », « centre droit », « centre gauche », « pour renforcer la majorité », « pour l’intérêt national »… Rappelons que lors de la dernière législative partielle, dans l’emblématique première circonscription de l’Essonne, pendant que les leaders de droite et du centre se divisaient, le candidat LREM dépassait les 30 % dès lepremier tour. Oui, il y avait beaucoup d’abstentionnistes et alors ? Ce sont les suffrages exprimés qui font les élections, pas les abstentionnistes ou les votes nuls ou blancs. Je vous passe l’élection du candidat LREM au second tour avec 59 % pendant que les Gilets jaunes défilaient en scandant « Macron démission ».

À gauche, cela ne va guère mieux. La France insoumise (LFI) a même perdu son aile national-communiste en la personne de Djordje Kuzmanovic lui préférant son aile gauchiste, notamment incarnée par Clémentine Autain. Les derniers patriotes qui auraient, à tort, hésité à voter pour les candidats soutenus par l’ancien sénateur socialiste de l’Essonne, maintenant supporteur marseillais, Jean-Luc Mélenchon, peuvent passer leur chemin.

Les autres partis de gauche n’ont plus d’existence nationale politique : le PS, le PCF et EELV tentent de s’imposer ici ou là, sans réellement convaincre et attirer les suffrages. À ce triumvirat, on peut ajouter Génération.s de l’ancien candidat   présidentielle, Benoît Hamon. Unis ou désunis, ils ont du mal à rassembler 10 à 15 % des Français.

Quantau Rassemblement national (RN) qui avait obtenu 25 % aux élections européennes de 2014 mais seulement 13 % aux législatives de 2017, il semble en difficulté quant à l’organisation interne du parti, compte-tenu des nombreux départs enregistrés. Le bon score enregistré dans les sondages pour les européennes marque,toutefois, un recul par rapport à 2014 et la concurrence de Nicolas  Dupont Aignan laisse apparaître une hémorragie des élus versDebout la France (DLF).  En attendant les électeurs ?

Bref, l’occasion est rêvée pour Macron. Les Gilets jaunes n’ont pas de ligne politique et n’ont, d’ailleurs, aucune velléité de s’inscrire dans un quelconque combat et processus électoral. Certes, un dernier sondage les propulserait à 12 %, ce qui correspondrait probablement, en fonction de notre mode de scrutin,  à 0 député. Ces 12 % n’aboutirait qu’à un éclatement des partis populistes et contestataires, du pain bénit pour les marcheurs…

Non, si Macron souhaite redonner la parole au peuple, alors la nécessaire dissolution doit être précédée de l’adoption du scrutin proportionnel intégral avec la France comme unique circonscription, ce qui semble juridiquement logique compte-tenu du fait que chacun  de nos  577 députés représente la nation dans son intégralité et non son propre territoire électif. (https://metainfos.fr/2018/12/09/le-suffrage-majoritaire-uninominal-une-aberration-francaise/)

Ainsi, seule la mise en place préalable à tout retour aux urnes de ce nouveau mode de scrutin serait susceptible de rabattre les cartes, de faire naître de nouveaux mouvements, populistes qui sait ?

En tout cas, ce mode de scrutin permettrait aux Français de se sentir mieux représentés.

Notre système politique est sclérosé. Sans cette réforme,  l’éventuelle dissolution dont Emmanuel Macron serait l’initiateur ne pourrait être qu’une dissolution « à la gaulliste ». Le Président jouera sur la peur, comme en 1968. Chaque candidat LREM aura la photo de l’Arc de triomphe sur sa profession de foi, Arc non souillé bien entendu pour rappeler l’outrage du 2 décembre. LREM ou le chaos. LREM contre la chienlit. Au cas où, les affiches sont prêtes.

Si la dissolution de 2018 doit ressembler à celle de 1968, quel intérêt ? Aucun parti constitué n’est prêt et le caractère légitimiste d’une majorité de Français enverra les candidats LREM à l’Assemblée pour cinq ans, aussi massivement qu’en 2017.

Alors, voyons plus loin, juin 1968 n’était pas si loin d’avril 1969.

La parodie gaullienne que nous vivons n’en a peut-être plus que pour quelques mois… L’Irlande est un si beau pays.