L’HÔPITAL QUI TUE

Par Michel LHOMME

Augmentation du suicide, des ONG débordées par la vague de misère ? Ce n’est pas la Sierra Leone, les Comores ou Madagascar mais la Grèce après la crise de 2008. Qu’est-ce qui a provoqué cette situation? 

Dans Why Austerity Kills, David Stuckler et Sanjay Basu donnent une réponse claire et énergique: l’austérité. Les coupes dans les dépenses publiques sont responsables de l’immense détérioration de la santé de la population dans les pays où elles ont toutes été appliquées.

Les auteurs, experts en santé publique des universités Ofxord et Stanford, présentent un livre hybride d’économie politique, mais Stuckler et Basu n’étudient pas les fluctuations des primes de risque ou des taux de croissance du PIB, mais plutôt le coût humain de certaines politiques économiques. Ils documentent de manière exhaustive des cas comme celui de la Russie post-soviétique, dans lequel l’ implosion de l’État a généré une épidémie d’alcoolisme et de toxicomanie qui a fait des millions de décès. Ou la Malaisie après la crise de 1997, qui en ignorant les recommandations du Fonds monétaire international a évité l’épidémie de sida qui secoua en revanche la Thaïlande voisine qui elle avait coupé plus de la moitié de son budget de la santé. Ou encore la Grèce, dont le sillage est suivi de loin par plusieurs membres de la zone euro, dont l’Espagne et en particulier la France qui se retrouve aujourd’hui sans lits, sans masques, sans respirateur artificiel, sans moyens de dépistage systématique faute de réactifs et en manque crucial de médecins et d’infirmiers.

Dans tous ces cas, les coupes budgétaires marquent ainsipour des milliers de personnes le seuil entre la vie et la mort. L’énoncé peut sembler simpliste, voire démagogique, mais en réalité, c’est l’évidence du bon sens et toute la classe politique, la drauche, la classe politique française droguée, shootée au libéralisme économique qui a gouverné la France depuis des décennies sous le diktat de Bruxelles et de son 3 % est responsable.

La crise économique à venir sera terrible, sans comparaison avec 2008.

Pendant une crise économique, le chômage augmente, et avec lui la précarité économique. Par conséquent, l’anxiété est déclenchée, et avec elle la propension à tomber dans l’alcoolisme et la toxicomanie ou même à se suicider c’est donc aussi prévoir que même après la crise sanitaire actuelle, la détérioration de la santé collective du pays sera inévitable sans parler même de sa détresse psychologique quand on voit qu’à peine confiné, les mâles « français » ne pensent même pas à baiser bobonne mais à leur taper dessus.

Or il existe des alternatives à l’austérité. Parmi les contre-exemples, le plus emblématique est celui de l’Islande. L’île a fait face à une crise financière sans précédent mais en augmentant les dépenses sociales, en emprisonnant ses banquiers véreux. Non seulement l’Islande a ainsi évité une débâcle sanitaire comme celle de la Grèce, mais elle a réussi à générer une croissance économique et à rester en tête dans les indices du bonheur mondial. 

Les crises peuvent ainsi être une opportunité unique de construire une société plus juste et équitable.

Mais cela doit signifier la fin immédiate des coupes budgétaires et davantage d’investissements dans les soins de santé et l’éducation comme moteurs de croissance. La base de toute économie nationale n’est pas le profit de quelques particuliers mais le bien de la population qui la compose, et investir dans la santé – comme dans l’éducation – c’est investir dans son avenir. 

Pour l’économiste habitué aux chiffres et aux bilans, l’ouvrage Pourquoi l’austérité tue peut être déroutante. Mais c’est précisément ce que le livre entend montrer qu’il existe un lien direct entre les politiques approuvées par Bruxelles et les souffrances subies par les victimes de la crise. Ignorer ce lien constitue et a constitué une énorme irresponsabilité de nos dirigeants. Les remettre en question signifie repenser profondément le type de société dans laquelle nous voulons vivre, capitalisme individuel ou « capitalisme social ». Il nous invite plus que jamais à définir peut-être ce nouveau terme politique apparemment contradictoire puisque nous ne voulons pas ni du communisme ni du socialisme.

En complément :

http://www.lebaron-frederic.fr/medias/files/austerite.pdf

https://www.monde-diplomatique.fr/2014/10/BASU/50879

https://www.cairn.info/revue-savoir-agir-2013-3-page-123.htm#

LE LIVRE :


Sanjay Basu
David Stuckler

Quand l’austérité tue

[The Body Economic. Why austerity kills]

Épidémies, dépressions, suicides : l’économie inhumaine Préface : Les Économistes atterrés

Pour répondre à la crise, de nombreux pays ont fait le choix de l’austérité. S’appuyant sur l’analyse de statistiques internationales de santé publique, David Stuckler et Sanjay Basu examinent les conséquences de ces décisions politiques pour les populations. À force de coupes sombres dans les aides sociales et la prévention, les maladies prolifèrent, les suicides augmentent, la consommation de drogues et d’alcool progresse et l’espérance de vie diminue. En Grèce, le taux d’infection par le VIH et le nombre de suicides ont explosé. À l’inverse, dans les pays nordiques, les mesures de soutien aux plus vulnérables ont des effets positifs, humainement et économiquement.
Refusant le discours dominant, les auteurs explorent les vices du système et prouvent par les chiffres que l’austérité a un coût humain : elle rend malade et tue.

Editions Autrement, col « Essais et documents », Paris 2014.