LE MEURTRE DE SOLEIMANI OU LE PIÈGE DE THUCYDIDE

par Manolo MONOREO (traduction Michel LHOMME)

Après l’assassinat du chef de la Force Qods, rien ne sera plus pareil au Moyen-Orient. Soleimani était un leader fondamental du régime iranien et il était depuis longtemps la bête noire de la CIA et du Mossad dans la région. L’administration américaine (Israël sera toujours à ses côtés voire même la devancera), dans des moments difficiles pour Donald Trump, frappe très durement l’Iran en accentuant de fait toutes les tensions déjà palpables dans la région. La réponse de l’Iran ne se fera pas attendre. Y aura-t-il escalade du conflit? Cela ne peut être exclu. Ce qui est clair, c’est que les États-Unis et Israël prennent dorénavant la décision d’intervenir partout dans le monde pour éliminer leurs supposés ennemis et même s’il faut violer pour cela le droit international et la Charte des Nations Unies.(https://metainfos.fr/2020/01/08/qassem-soleimani-et-lassassinat-comme-politique-detat/). Ici, c’est le chef le plus important de l’armée iranienne qui a été assassiné à Bagdad.

Comme on le sait, l’invasion de l’Irak a profondément modifié la carte géopolitique de cette partie cruciale du monde. Les États-Unis non seulement n’ont pas profité de cette guerre, mais, à bien des égards, ils l’ont perdue. Le conflit syrien a clarifié encore un peu plus la position des forces en présence. Toutes les cartes ont bougé. La Russie est revenu comme acteur principal dans la région. La Turquie a acquis plus d’autonomie et définit maintenant plus clairement ses intérêts stratégiques qui, on l’a vu voit, atteignent dorénavant l’ensemble de la Méditerranée, à commencer par la Libye. L’Arabie saoudite devient progressivement une grande puissance militaire et intervient au Yémen, dans une guerre – il faut le souligner – qu’elle ne gagne pas. L’Iran quant à lui a renforcé de manière décisive son rôle dans les trois pays dans lesquels Soleimani a implanté ses milices: l’Irak, la Syrie et le Liban.

Les États-Unis et Israël vivent une politique intérieure semblable avec un blocage politique en raison d’échéances électorales à venir. Netanyahu, acculé par la corruption, se prépare à de nouvelles élections tandis que Donald Trump attend sa mise en accusation mais avec des élections sans doute moins incertaines que celles de son allié israélien. Les deux doivent en tout cas donner à leurs citoyens un sentiment de puissance, de force et de capacité à tuer leurs adversaires, ce qui favorise généralement les campagnes électorales. La question, cependant, va plus loin: l’État d’Israël n’est plus disposé à consentir à l’existence d’une puissance qui pourrait compromettre ses intérêts vitaux et qui, comme on le sait, sont ceux de toute la région. Cela fait des années que l’Etat hébreu tente d’intervenir en Iran. Or, une opération de ce calibre n’a pu être réalisée sans la collaboration et l’aide logistique de Jérusalem. Nous devons insister pour souligner qu’Israël est aussi un acteur interne aux États-Unis, c’est-à-dire qu’il a une telle influence électorale et un tel pouvoir dans ses institutions, qu’il est capable de déterminer, à bien des égards, la politique que les différentes administrations américaines poursuivent.

Que l’Iran réponde, cela ne fait donc aucun doute : où et comment ? Telle est la question qui déterminera si l’on passera alors à un autre épisode du conflit ou si l’on définira une nouvelle phase, celle d’une guerre de haute intensité qui ainsi réapparaîtrait dans la région. Or, la situation politique intérieure des deux pays, les Etats-Unis et l’Israël est propice à ceux qui veulent régler une fois pour toutes la question iranienne et mettre fin au régime des Ayatollahs. Israël y est prêt. La réaction de la Russie et de la Turquie ne se fera pas non plus attendre tant la guerre se poursuit en Syrie et au Yémen.

Il y a quelques semaines, le président Macron a évoqué la mort cérébrale de l’OTAN et a proposé de tourner la page, revenant à une nouvelle politique de défense et de sécurité pour une Europe plus souveraine. Merkel et Trump ont répondu en réaffirmant en période de profonds changements géopolitiques, la nécessité de l’OTAN. Si l’Union Européenne était en mesure de définir ses véritables intérêts stratégiques en Méditerranée et, en particulier, au Moyen-Orient, elle prendrait note qu’Israël et les États-Unis pourraient nous conduire à une nouvelle guerre dans un domaine vital pour les intérêts européens. Elle n’aurait pas une politique de soumission.

Source: https://www.cuartopoder.es