L’IRAN A GENOUX

Par Michel LHOMME

Le Pentagone a confirmé jeudi soir avoir tué le général iranien Qassem Soleimani, mort dans un bombardement à Bagdad, sur « ordre du président » américain. Le guide suprême de la Révolution islamique, l’ayatollah Ali Khamenei, a déclaré qu’une terrible vengeance attendait les «criminels» l’ayant assassiné. Le Président n’a pas immédiatement fait de commentaires mais il a tweeté un drapeau américain. Bravo !

Le général Soleimani était le chef des opérations extérieures des Gardiens de la révolution, le numéro deux du régime, l’un des plus corrompus et des plus criminels, ayant ordonné de tirer sur la foule lors des dernières manifestations iraniennes massacrant plus de 1200 citoyens en province. Il arrivait en Irak pour présider les négociations afin de former le futur gouvernement irakien en parfait colonisateur. Soleimani avait dirigé la branche étrangère des Gardiens de la Révolution et à ce titre a joué un rôle clé dans les combats en Syrie et en Irak, acquérant le statut de célébrité au pays et à l’étranger en contribuant à la propagation de l’influence iranienne au Moyen-Orient. Il a survécu à plusieurs tentatives d’assassinat contre lui par des agences occidentales, israéliennes et arabes au cours des deux dernières décennies. Il était le véritable ministre des affaires étrangères de l’Iran quand il s’agissait de parler des accordes de paix ou de la guerre avec les Etats-Unis ou l’Europe bien absente des événements.

A noter qu’à l’aéroport de Bagdad, Soleimani n’était pas seul car Muhandis, Naim Qasem, les principaux généraux iraniens ont aussi été pulvérisés dans cette frappe américaine par un drone, frappe qui suppose d’ailleurs qu’ils étaient suivis de longue date et en permanence, en particulier par les services de renseignement israéliens, et qu’il suffisait simplement d’un ordre courageux pour en finir avec ces crapules. L’avion de Soleimani et de Naïm Qassem, était d’ailleurs arrivé du Liban ou de Syrie. La frappe aérienne a eu lieu près de la zone de cargaison, après que les “invités” ont quitté l’avion pour être accueillis par al-Muhandis et d’autres.

Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a immédiatement appelé à trois jours de deuil en Iran. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a déclaré vendredi que la liquidation du chef de la Force iranienne Qods Qassem Soleimani était “une escalade extrêmement dangereuse ». L’exécution de Soleimani et des autres généraux iraniens est en tout cas la réponse ferme et sans équivoque pour une fois à l’attaque mardi par les partisans chiites des groupes paramilitaires irakiens de l’ambassade américaine à Bagdad, attaque effectuée après des raids aériens américains effectués contre les bases des milices du Kataï’ib Hezbollah en représailles elles-aussi aux attaques de missiles qui ont tué un entrepreneur américain dans le nord de l’Irak deux semaines auparavant. On peut donc parler d’escalade et de surenchère rapide parce que les tensions entre les États-Unis et l’Iran se sont intensifiées dans la région à la fois en raison des sanctions économiques américaines qui ruinent l’économie iranienne et des violations par l’Iran de l’accord de non-prolifération. Certes,  Trump est responsable directement de la rupture de l’accord nucléaire avec les Iraniens, réclamé par Israël mais force est de reconnaître qu’en pariant d’abord sur la guerre économique puis sur l’offensive actuelle, il risque de gagner la partie. L’Iran n’en a plus que pour quelques semaines. Elle devait annoncer lundi une cinquième violation de l’accord : la reprise de l’enrichissement de l’uranium. Les occidentaux ne peuvent l’admettre même si là encore, l’Europe en particulier la France, l’Angleterre et l’Allemagne sont restés sur ces violations très et bien trop silencieux, incapables qu’ils sont de prendre des décisions fermes et de les suivre.

Nonobstant, comme toujours, le nerf de la guerre, c’est l’argent et il n’y a plus d’argent en Iran. De plus, le peu d’argent qui reste n’allait pas récemment au peuple iranien mais aux milices étrangères et à la bande des voyous islamiques regroupés autour de Soleimani qui s’accaparait ainsi toute la manne pétrolière pour la déposer entre autres dans les banques suisses. De fait, le gouvernement des Mollahs a perdu toute légitimité même si l’Iran va sans doute tout faire pour organiser la diversion de la contestation en l’orientant vers l’anti-américainisme seule carte idéologique qui reste au régime pour survivre. Mais marche-t-elle encore ? Le secrétaire d’État américain Pompeo, ardent anti-iranien a publié sur Twitter une vidéo montrant ce qu’il présente comme des Irakiens «dansant dans la rue» pour célébrer la mort du général iranien Qassem Soleimani même s’il faut se méfier car il n’a fourni aucune précision sur l’origine de cette vidéo ou le lieu de son tournage. (https://twitter.com/i/status/1212955403077767168).


S’il faut redouter maintenant une escalade ou carrément la guerre ouverte entre les deux grands alliés de l’Irak, les Etats-Unis et l’Iran, l’épisode de violence dans la Zone verte de Bagdad, où siègent l’ambassade américaine et les principales institutions de l’Etat irakien, était inacceptable. Cette attaque menée mardi par des partisans et combattants de la coalition des paramilitaires irakiens pro-iraniens du Hachd al-Chaabi voulait en réalité faire oublier la « révolution » contre le pouvoir irakien jugé corrompu et incompétent et contre la mainmise de l’Iran colonisateur en Irak. Depuis le 1er octobre, les Irakiens réclamaient en effet le départ de la classe politique, au pouvoir depuis 16 ans, et la fin du système politique mis en place par Washington lors de son occupation du pays de 2003 à 2011, et qui est désormais noyauté par le grand voisin iranien.Ce qui s’est passé à l’ambassade américaine est ainsi comme en Iran,une tentative de détourner les regards des manifestations populaires. Si en Irak, plusieurs militants ont été tués, des dizaines arrêtés et des centaines menacés, en Iran, c’est sur le petit peuple qu’on a directement tiré l’automne dernier. Peu d’images ont filtré des manifestations iraniennes d’octobre et de novembre puisque la République islamique avait coupé Internet, isolant totalement l’Iran, un pays qui a sans euphémisme aujourd’hui faim, comme on a faim aussi au Venezuela. En Irak, les manifestations contre le régime pro-iranien auraient fait depuis le 1er octobre près de 460 morts et 25.000 blessés. A Diwaniya (sud), le mouvement de désobéissance civile bloque toujours écoles et administrations et les manifestants sont dans la rue. Ils n’ont levé que brièvement leurs piquets de grève pour permettre aux fonctionnaires, toujours payés malgré la paralysie de la quasi-totalité des villes du Sud, de retirer leur salaire des banques. Cette révolte inédite parce que spontanée a poussé fin novembre à la démission le gouvernement d’Adel Abdel Mahdi. Mais ce dernier n’a toujours pas été remplacé malgré des délais théoriquement imposés par la Constitution. Et le président de la République Barham Saleh a menacé aussi de s’en aller si les responsables irakiens pro-Iran s’entêtent à lui présenter des candidats rejetés par la rue. De fait, après l’attaque de l’ambassade, la donne a changé mais Irakiens et Iraniens ne seront pas longtemps dupe. De plus, les caisses de l’Iran sont vides, la banque centrale iranienne est officieusement en faillite.

Trump joue-t-il gros, joue-t-il sa réélection ?

On sent chez certains commentateurs français tous anti-trump, au point que cela en devient caricatural, une certaine jubilation à voir entrer Trump dans une guerre (près de 2000 soldats viennent d’être envoyés en urgence au Proche-Orient) alors qu’il avait promis de se retirer de la région, chose par ailleurs inconcevable lorsqu’on connaît le poids stratégique du pétrole dans les relations internationales. Mais c’est oublier que la base électorale de Donald Trump est virile et qu’elle ne supporte pas de voir les Etats-Unis humiliés par l’attaque d’une de ses ambassades et qu’elle aime la loi du talion. De plus, le soutien juif est total et c’est même là-bas un tonnerre applaudissement. De fait, l’équipe de Donald Trump a révélé récemment avoir récolté un montant impressionnant pour financer sa campagne de réélection, un signal bien inquiétant pour ses rivaux démocrates au démarrage d’une année qui culminera avec la présidentielle très attendue de novembre. Alors même qu’il était visé, au dernier trimestre 2019, par une procédure de destitution injustifiée, menée par l’opposition démocrate, le président américain a levé 46 millions de dollars. Sans compter les fonds levés par le Parti Républicain, qui soutient sa réélection, et d’autres groupes de soutien dont la communauté juive et Netanyahou, Donald Trump a récolté 143 millions de dollars . Or c’est comme une loi politique électorale d’airain aux Etats-Unis l’emporte toujours celui qui ramasse le plus la mise. . Les démocrates et les médias ont été pris par l’hystérie autour de la destitution bidon mais la campagne du président ne fait que grandir et se renforcer. Sa fermeté face à l’Iran ne peut que conforter cette campagne et non pas la fragiliser parce que l’Iran sans argent, le gouvernement sans légitimité après les tueries de l’automne ne pourra rien faire et devrait tomber rapidement. Le trésor de guerre du président, son réseau de partisans, ses décisions face à l’Iran font de sa campagne de réélection une force imparable.