L’INFAUX UN CAS D’ÉCOLE : LE BRÉSIL ET BOLSONARO

par Jean LUCAT

Il y a un non-dit de la politique française, totalement occultée par les médias : la dérive de l’insécurité. Or, tous les voyants sont au rouge. Allant de pair avec les règlements de compte à Marseille, les garages clandestins en banlieue, les féminicides liés aux couples mixtes, la corruption avérée de la police aux frontières (en particulier visible à Mayotte), de la Bac en zone de non-droit, ou de la brigade anti-stup pourvoyeuse au nom de la lutte anti-drogue de marchandises illicites dans les quartiers, la France ne s’acheminerait-elle pas à terme dans le laxisme ambiant et l’incompétence notoire de son Ministre de l’Intérieur, lui-même ancien voyou, vers une situation à la latino ? C’est lentement que le Brésil avait sombré dans la violence généralisée mais pour la petite tête crasseuse des analystes français, Bolsonaro n’est qu’un facho. Point barre. La lutte continue ! ML

Bruno Racouchot est le directeur de la revue Communication & Influence, spécialisée dans les rapports entre hard et soft power. Nicolas Dolo est un homme d’affaires. Depuis de très longues années, ces deux spécialistes et hommes de terrain vivent une grande partie du temps au Brésil et tentent dans un ouvrage intitulé Brésil. Corruption. Trafic. Violence. Criminalité. Vers la fin du cauchemar ? (http://www.ma-editions.com/documents/4-ma-editions/50-ma-editions/4863/bresil—corruption—trafic—violence—criminalite/),

d’apporter au lecteur une analyse la plus pertinente possible sur la question de la criminalité dans ce pays. Conscient du profond désespoir du peuple brésilien, ils avaient prévu qu’un événement politique majeur allait s’y dérouler et bousculer le statu quo. Cet événement a été l’élection de Jair Bolsonaro à la présidence de la République. Les chiffres concernant la criminalité sous toutes ses formes au Brésil sont terrifiants et cette réalité ne peut être occultée si l’on veut comprendre la nature réelle du basculement majeur qu’a constitué l’élection de Jair Bolsonaro en octobre 2018. Quand on parle de criminalité au Brésil, il ne s’agit pas seulement des meurtres commis dans la rue, mais il est nécessaire de prendre en compte une seconde réalité, liée à la corruption généralisée du système politique, administratif, juridique et économique et à la dynamique de terreur qui lui est consubstantielle, ainsi que la vrai logique qui est celle d’une prédation financière qui détruit tout lien social.

En fait, au cours des trente dernières années de développement économique, la classe politique et une partie de l’oligarchie brésilienne ont construit dans l’ombre un système implacable de prédation des richesse du pays, laissant dans le même temps proliférer une violence de rue sauvage et de véritables armées criminelles. Le livre est organisé en 14 chapitres, abordant chacun un aspect différent de l’actualité brésilienne et tout d’abord, les racines et les perspectives sécuritaires de la percée électorale de Jair Bosonaro. Il a été dit que l’ambitieux projet de loi anti-criminalité soutenu par le ministre de la Justice et de la Sécurité Sergio Moro est la raison profonde pour laquelle les électeurs brésiliens ont choisi la nouvelle administration et il faut prendre en compte le sentiment d’abandon que ressentait le peuple brésilien qui avait perdu toute confiance en la capacité de l’Etat à résoudre la crise sécuritaire. De plus, en dépit d’apparentes querelles partisanes, la quasi-totalité des personnels politiques « traditionnels » est impliquée dans les scandales de corruption et il a été mis en évidence que de nombreuses entreprises publiques ou des grandes entreprises privées ont servi à échafauder des montages criminels complexes, y compris à l’international. Le dégoût profond du peuple brésilien en a été renforcé.

Il faut noter toutefois que le fédéralisme institutionnel du Brésil et la mainmise des Etats fédérés sur les budgets et politiques sécuritaires jouent contre l’Etat central dans ses tentatives de contrôle du territoire national. Même sous le régime du nouveau président, les réformes ne sont pas si faciles que cela à mettre en place. Cependant, le « serrage de vis » sécuritaire du gouvernement Bolsonaro, tout inquiétant qu’il puisse paraître à certains égards, commencerait à produire des résultats de terrain assez encourageants. Au premier trimestre 2019, le taux d’homicide aurait chuté de 24 % au niveau national. Ensuite sont abordés des sujets aussi divers que les forces de sécurité, la géographie de la violence, la culture de l’excuse et les racines de la corruption, le rôle de l’armée brésilienne, l’étude des factions criminelles, ainsi que les coûts économiques de la criminalité. Tous ces chapitres sont rédigés par divers spécialistes de ces domaines.

L’analyse de la criminalité au Brésil montre que si la violence criminelle et le trafic de drogue meurtrissent le pays et impactent tous les groupes sociaux, c’est la corruption systématique observée dans cette nation, qui est peut-être la violence la plus grave commise à l’encontre de tous les Brésiliens, qui se sont retrouvés privés d’énormes ressources, qui auraient dû être consacrées à l’infrastructure publique et aux projets sociaux. L’un des expert ayant participé à la rédaction du livre s’interroge et montre que « sans les conditions d’un civisme et la conscience partagée d’un intérêt public supérieur qui s’impose de manière égale pour tous, la confusion entre ruses facilitant la vie sociale et corruption à grande échelle, a de beaux jours devant elle… ». Selon l’expression consacrée, malgré son atmosphère cordiale : « Le Brésil n’est pas fait pour les débutants ».

Nous apprendrons dans ce livre que contrairement à ce que l’on croit généralement, même au Brésil, ce n’est pas dans les grandes villes que la violence est la pire, elle s’est déplacée vers les régions les plus pauvres du pays, Nordeste et Amazonie. Il est également soulevé le problème de la gestion des frontières, impératif pour intensifier la lutte contre le crime organisé. Le défi tient ici à l’énorme étendue de la zone frontalière brésilienne. De plus les nombreux ports commerciaux, s’ils sont un atout économique, sont aussi le point d’entrée ou de sortie de marchandise illicites.

Un chapitre très intéressant est celui indiquant les règles de base à connaître pour commercer ou s’implanter au Brésil. Informations absolument indispensables pour toute entreprise française qui désirerait s’implanter ou simplement faire des affaires au Brésil, pays dont les perspectives sont prometteuses, mais qui peut être très dangereux pour les expatriés non préparés. L’un des chapitres insiste sur un fait important qui est que l’emprise des multinationales, des ONG et des grandes organisations internationales s’est généralement bien accommodée de la montée du crime organisé, jusqu’à susciter chez beaucoup de Brésiliens le sentiment d’une convergence des intérêts. L’ambiguïté de la situation au Brésil est forte. Ce livre nous montre que les Brésiliens sont en train de vivre une période importante et passionnante de leur histoire et qu’ils auront sans doute beaucoup à nous apprendre pour que nos vieux pays d’Europe ne sombrent pas dans les même travers. Un livre indispensable pour connaître ce pays, dont la plupart des médias français nous donnent une vue déformée et pour approfondir ses connaissances en ce qui concerne la sécurité globale.