L’ESPRIT GILET JAUNE, UN AN APRES : TRAVAIL ET RÉGIONS !

Par Franck BULEUX

Voici un an déjà, les Gilets jaunes défilaient dans toute la France, rassemblant plusieurs centaines de milliers de personnes le 17 novembre 2018. Sans l’intervention des syndicats, qui peinent le plus souvent à rassembler, les réseaux sociaux avaient réussi à lancer, dans la fraîcheur automnale, un nombre impressionnant de Français contre la politique, notamment fiscale, de l’exécutif. Trop de fiscalité pour la France « moyenne », celle qui n’est ni aisée, ni aidée.

Cette expression populaire fut un incontestable et improbable succès. La lame de fond Gilet Jaune traversait les clivages politiques, permettant à la France des oubliés, celle des secteurs dits périphériques, de s’exprimer. Bien souvent cette France opte pour le vote Rassemblement national (RN) ou s’habitue, peu à peu, au vote blanc ou nul, voire à l’abstention. Les enquêtes d’opinion l’ont montré, la réalité aussi. Il suffit de regarder les régions où ces « oubliés » étaient les plus mobilisés, les plus influents. Le Vaucluse se mobilisait, la Seine-Saint-Denis regardait cette France incapable de créer une économie parallèle, permettant de rouler sans compter, en voiture puissante, en se déclarant au revenu de solidarité active (RSA)…

Ces régions d’influence se sont fait peu à peu, « voler la vedette » par la métropole, Paris. Comme hier, samedi 16 novembre. Paris a un effet destructeur. Son influence, dans notre pays jacobin, est excessivement négative. Les manifestations parisiennes attirent les militants les plus extrémistes, à la gauche de l’échiquier politique. Loin de toute revendication sociale (n’est-ce pas Antonin Bernanos ?), les Black Blocs agissent contre un système, ils sont « anticapitalistes » mais, bien évidemment, vivent du capitalisme. Leurs actions ont permis, comme hier, de discréditer le mouvement populaire et social. La place d’Italie, dans le 13e arrondissement de la capitale, est plus prisée de cette jeune et inactive (le samedi) bourgeoisie parisienne que des personnes en souffrance sociale.

Ce que les Gilets jaunes rejettent, ce sont deux catégories d’individus : les plus aisés et les plus aidés. Cette double cause est strictement l’inverse des motivations des Black Blocs qui viennent essentiellement de milieux aisés et qui sont, naturellement, aidés (par leurs parents ou par le système). Il serait temps, pour l’ensemble des Gilets Jaunes, de le comprendre, on ne peut pas défiler avec tout le monde…

Le combat des Gilets jaunes est, par essence, populaire et régional. Il n’est, en rien, parisien. Paris est la ville des aisés et des aidés, ce constat est certes réducteur mais il suffit d’observer : la différence entre les quartiers, aisés, de l’ouest et les rescapés du monde entier, pour qui Paris représente un espoir éternel d’allocations et d’autres envies… qui se regroupent vers l’est.

Le mouvement populaire des Gilets jaunes doit retrouver ses sources : les ronds-points, l’affirmation populaire du mouvement. Pourquoi ne pas défiler dans l’ensemble des communes moyennes, de 10 000 à 100 000 habitants ? En France, nous en sommes largement, et heureusement, pourvues.

Les Gilets jaunes doivent s’enraciner dans leurs propres territoires. Le mythe parisien est un leurre visant à attirer des militants d’ultragauche dans des manifestations, dont l’objectif est plus clairement de faire des courses à bas coût plutôt que de s’intéresser à des revendications sociales, dont ils n’ont jamais eu conscience.

Se positionner contre les (plus) aisés et les (plus) aidés, c’est aussi permettre de placer la valeur du travail au cœur de la réflexion sociale : le président Macron a permis, via la FlatTax (le prélèvement forfaitaire unique sur les revenus du capital, assorti à la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune –ISF) que les revenus du capital soient moins imposés que les revenus du travail. Qui l’a relevé ? Qui l’a dénoncé ? À l’heure de la privatisation de la Française des jeux (FDJ), nul ne s’oppose à cette étrange, et absurde, conception fiscale.

Le travail doit reprendre toute sa place dans notre univers. La France n’est pas seulement une terre de migrations, du tourisme à l’immigration médicale, économique ou sociale, elle doit être aussi une terre industrielle, ou plus exactement le redevenir.

Bref, revenir aux fondamentaux ! Le travail comme valeur fondatrice et oublier Paris !

Ne vous inquiétez pas, le militant d’ultragauche Bernanos, bien connu des services de police, ne mettra pas les pieds à Elbeuf, à Montargis ou à Figeac. Au-delà du périphérique, il n’a pas d’amis.

C’est à l’aune de ces deux motivations : une France régionale et travailleuse que naîtra, ou non, un renouveau. Il est encore temps. Il est plus que temps.