EUROPÉENNES : UN SCRUTIN QUI NE CHANGERA RIEN

par Jérôme BOURBON.

Poursuivant l’analyse du premier grand débat à douze que nous a offert récemment Franck Buleux (https://metainfos.fr/2019/04/10/les-18-millions-du-grand-debat-a-12/), nous proposons à nos lecteurs pour compléter cette seconde analyse, extraite du Rivarol de la semaine.

​VOILÀ REPARTIS les grands débats télévisés de trois heures et plus à quelques semaines des élections européennes du dimanche 26 mai. Alors que l’abstention pourrait atteindre des records (60 % des personnes inscrites sur les listes électorales manifestant actuellement leur intention de déserter les isoloirs), les chaînes d’information continue, mais aussi celles dites du service public, multiplient les émissions politiques, les débats, oscultent, tels de modernes Diafoirus, le corps électoral, prennent le pouls de l’opinion, essaient de susciter l’intérêt du public en créant un match de toutes pièces entre la République en marche et le Rassemblement national. Qui arrivera premier sur le podium ? Qui coiffera l’autre sur le poteau ? Comme si tout cela avait la moindre espèce d’importance. Cela ne changera pas le prix de la baguette, non plus que tous les graves problèmes qui se posent à notre pays et à notre peuple. De toute façon les députés européens n’ont quasiment aucun pouvoir, ce ne sont pas eux qui décident des politiques menées par l’Union européenne. De plus, les Français ne représentent qu’environ 10 % des parlementaires (79 sur 751) et la seule ambition des personnalités qui sollicitent nos suffrages est de se faire élire ou réélire pour bénéficier des avantages et revenus considérables d’un eurodéputé, bien supérieurs à ceux d’un député national.

Plus le Système crée des élections, plus il multiplie les débats, les listes, les partis, plus notre pays s’enfonce dans le marasme. On ne le dira jamais assez, l’électoralisme est la tare et la sauvegarde du régime. Jusqu’en 1979 il n’existait pas d’élection européenne, et le pays ne s’en portait pas plus mal. Jusqu’en 1986, il n’existait pas d’élections régionales, et la France n’était pas plus malade qu’aujourd’hui, au contraire. Jusqu’en 1965 il n’existait pas non plus d’élection présidentielle au suffrage universel direct, et le pays était plutôt en meilleure posture que nos jours.

OUTRE QUE toutes ces élections qui ne servent à rien et qui consistent sans cesse à élire ou à réélire des gens qui sur l’essentiel mènent la même politique, servent les mêmes intérêts, obéissent aux mêmes diktats, remplissent le même cahier des charges coûtent un argent considérable qui serait plus utile ailleurs, la qualité du personnel politique ne cesse de s’affaisser d’une manière impressionnante. Contrairement à ce que l’on dit souvent aujourd’hui, les débats télévisés de 1974 et de 1981 entre Giscard et Mitterrand n’étaient pas d’un niveau exceptionnel, non plus que les discours de De Gaulle en conférence de presse qu’il apprenait à l’avance par cœur, y compris les réponses aux journalistes dont les questions lui étaient communiquées bien avant le direct. Toutefois ces interventions apparaîtraient comme magistrales si on les comparait aux prises de parole des politiciens actuels. Le débat télévisé du 4 avril sur France 2 qui réunissait les douze principales têtes de liste pour les européennes a ainsi été d’une affligeante médiocrité. Il est vrai qu’il est plus difficile d’intéresser le public quand on est douze plutôt que quatre. En 1979, pour les premières élections européennes, le débat télévisé avait réuni les têtes de liste des quatre principaux partis : Jacques Chirac pour le RPR, Simone Veil pour l’UDF créée par VGE, Mitterrand pour le PS et Marchais pour le PC. Ce débat était à des années-lumière de ce que l’on a vécu le 4 avril dernier, et pourtant ces quatre protagonistes n’étaient pas spécialement de grands orateurs. En quarante ans, nous avons vécu un effondrement général. Lorsqu’on regarde d’anciennes émissions à la télévision, comme par exemple Les Cinq dernières minutes où les spectateurs devaient trouver qui était l’assassin, on est frappé par la qualité de la langue française, l’élégance des tenues vestimentaires, la politesse et la distinction des différents intervenants. 

Qu’avons-nous fait de la France en quelques décennies seulement ? Aujourd’hui les politiciens multiplient les familiarités et les vulgarités (Philippot, citant certes Macron, a parlé le 4 avril, d’un « fric de dingue » : imagine-t-on Pompidou ou même Mitterrand se laisser aller à un tel relâchement du langage dans des discours ou interventions publics ?), ils ne portent plus la cravate (une minorité d’intervenants seulement étaient cravatés lors du débat), portent une chemise grande ouverte qui dépasse négligemment du pantalon, utilisent un vocabulaire d’une pauvreté affligeante, et sont d’une consternante médiocrité. Nathalie Loiseau qui a été choisie par le chef de l’Etat pour représenter la République en marche est un ectoplasme. Mais à la vérité ils le sont tous, ternes, incolores, inodores, interchangeables. Il est fini le temps des personnalités brillantes, talentueuses, hautes en couleur. Leur message est tellement aseptisé, politiquement correct que la brillance n’est nullement nécessaire. 

Tous sont pour le droit à l’avortement, le lobby LGBT, le maintien des lois liberticides Pleven et Gayssot. Lorsque Benoît Hamon a demandé que pour faire partie de leur Europe tout pays doive s’engager à légaliser l’avortement, personne n’a émis d’opposition ou de réserve, ils sont tous d’accord pour la continuation du massacre des innocents à grande échelle et pour que ce massacre soit remboursé à 100 % par la Sécurité sociale.

ILS prétendent vouloir une autre Europe mais tous veulent tous rester dans le cadre de l’Union européenne et de l’euro, à l’exception d’Asselineau et de Philippot qui pèsent 2 à 3 % au maximum à eux deux. Or, il est mensonger ou illusoire de croire que l’on peut réformer de l’intérieur l’Union européenne. Il faut pour cela l’unanimité des 27 Etats membres (ou 28 si l’on compte le Royaume-Uni qui gère son Brexit). La France n’a pu rendre caduque la directive sur les travailleurs détachés, interdire le glyphosate, baisser la TVA sur la restauration traditionnelle parce qu’elle n’a quasiment aucun pouvoir au sein de cet ensemble. Et lorsque certains promeuvent une défense européenne, ils ne se rendent pas compte que si elle avait existé et avait été opérationnelle en 2003, nous aurions été contraints de faire la guerre à l’Irak et d’envoyer là-bas des soldats français car la majorité des Etats membres de l’Union campaient alors sur la position des Etats-Unis de Bush et du Royaume-Uni de Blair.

Loin d’avoir protégé la France, d’avoir accru son prestige et sa grandeur, d’avoir défendu ses intérêts, l’Union européenne a détruit notre agriculture, notre industrie par son dogme du libre-échangisme absolu, par ses directives tatillonnes voire ubuesques. Elle constitue à la fois le pire du capitalisme par l’ouverture totale des frontières aux marchandises, aux capitaux et aux hommes et le pire du socialisme par ses directives et sa bureaucratie invasives. En imposant une monnaie unique, elle a ruiné, ou en tout cas gravement handicapé, la plupart des économies de la zone euro, conduit à une augmentation très forte des prix, à une baisse importante du niveau de vie, à un chômage et à un endettement massifs. 

Il est également faux de croire qu’un gouvernement national ou nationaliste pourrait mener une politique réelle de régulation et d’inversion des flux migratoires dans le cadre de cette Union européenne, la cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg et la cour de justice de l’Union européenne à Luxembourg défendant systématiquement les droits des migrants (et d’ailleurs aussi du lobby LGBT), y compris les plus exorbitants. Salvini en Italie, malgré quelques images spectaculaires sur le plan médiatique de bateaux de clandestins obligés de rester à quai, et malgré quelques déclarations agréables à entendre, n’a nullement résolu le problème de l’immigration de masse en Italie ni diminué le nombre des migrants, précisément parce qu’il en est empêché à la fois par des obstacles sur le plan intérieur, mais aussi par le fait que l’Italie est membre de l’Union européenne et, à ce titre, soumise, aux règlements et tribunaux de l’Union. Rappelons-nous aussi que le président de la République italienne avait refusé de nommer un Premier ministre hostile à l’euro, violant alors le vote et la volonté des Italiens pour complaire à Bruxelles.

On le voit, si la France veut pouvoir se redresser et redevenir vraiment libre, maître de ses lois et de son destin, il lui faut quitter cette prison des peuples. Après tout, la Norvège, l’Islande et la Suisse qui n’ont jamais fait partie de cette structure supranationale ne se portent pas si mal en comparaison ! Il faut seulement de l’audace et du courage.


Extrait de l’éditorial du numéro 3372 de RIVAROL daté du 10 avril 2019.