MARINE LE PEN A MAYOTTE : LA ROUTINE ÉLECTORALE SANS VISION POLITIQUE

Par Michel LHOMME

C’est bien en effet l’impression que nous donne cette visite feutrée, sans panache, dénonçant, certes comme il se doit, l’immigration clandestine à Mayotte et les services publics submergés mais sans actualiser son propos, sans réviser ses fiches lues certainement à la va vite dans l’avion. Comment en effet peut-on rester deux jours à Mayotte sans attaquer fermement la complicité du gouvernement français avec les Comores, sans dénoncer la farce électorale du premier tour de dimanche où le président sortant Azali Assoumani est proclamé vainqueur dès le premier tour avec 60,7% des suffrages ? Comment ne pas dénoncer à Mayotte tout le processus des élections présidentielles anticipées comoriennes alors que le chef de la mission de l’observation de l’Union africaine lui-même, Patrice Emery Trovoada, a relevé dans son rapport préliminaire de nombreuses irrégularités, des dysfonctionnements notables ainsi que l’interruption des opérations de dépouillement, la collecte et le transfert des urnes par les éléments des forces de l’ordre. Ces faits relevés aussi par l’opposition et la presse ont affecté le bon déroulement des opérations de vote, le dépouillement et par conséquent, l’ensemble du scrutin.

De fait, le lendemain du scrutin, des manifestations conduites par les 11 candidats de l’opposition à Moroni ont rassemblé près d’un millier de personnes et furent dispersées violemment à coup de gaz lacrymogène provoquant des blessés parmi les candidats et les manifestants tandis qu’à Anjouan, l’armée comorienne tirait carrément à balles réelles.
(https://metainfos.fr/2019/03/25/elections-aux-comores-des-blesses-par-balles-evacues-vers-mayotte/)

Depuis deux jours, des rumeurs de coup d’état militaire ne cessent de circuler à Moroni. Ce qui est certain, c’est que l’ancien chef d’état-major, le Colonel Soilihi Mohamed a été arrêté après avoir lu une déclaration dans laquelle il confirmait la mise en place d’un Conseil National de Transition et après avoir été désigné par les 11 autres candidats de l’opposition comme le chef du Conseil, la principale mission de ce dernier (CNT) étant la gestion de la crise post-électorale pour assurer éventuellement une transition pacifique. Le Cnt a donné un délai d’une semaine à la Cour suprême pour annuler les élections. Si d’ici le 03 Avril, les élections ne sont pas invalidées, le peuple comorien est appelé à se soulever.

A Moroni en tout cas, c’est donc actuellement le sauve-qui-peut, la capitale étant en train d’être désertée de ses habitants, des routes commençant à être barricadées.

Or, le Quai d’Orsay continue de soutenir sans failles le président-dictateur Azali sans se soucier le moins du monde des conséquences que pourrait avoir ces événements sur les Comoriens non seulement de Mayotte mais aussi de Marseille. Voilà ce que Marine le Pen aurait dû dénoncer haut et fort sur le territoire avec la couverture médiatique qui l’accompagnait et ce qu’elle n’a pas fait comme elle n’a pas révélé le montant en petites coupures, 24 millions d’euros (information exclusive Métainfos :https://metainfos.fr/2019/03/11/mayotte-24-millions-deuros-en-petites-coupures-tous-les-six-mois/) remis tous les six mois à la Paf pour pouvoir payer à l’État comorien le « droit » de renvoyer chez eux les illégaux. Elle n’a pas non pas évoqué les soupçons de corruption de la PAF à Mayotte, l’enrichissement illicite (près de 40 millions d’euros d’Azali) découverts récemment sur le compte de la France. Elle a franchement fait de la politique comme mémère fait du tricot, sans panache, presque sans conviction au point qu’on soupçonne même une sorte de connivence.

Ainsi Marine Le Pen aura visité le centre de rétention administrative mais en ne disant rien des événements de la journée sur l’archipel, voulant sans doute ignorer ses tenants et ses aboutissants. Le matin, la brigade nautique de la gendarmerie, accompagnée des nageurs pompiers, avait pourtant récupéré trois individus blessés au large de Mtsamboro, l’un se trouvant amputé d’une jambe, un second blessé légèrement par balles tandis que le troisième était poli-traumatisé. Arrivés au ponton de Mamoudzou, les pompiers et les ambulanciers du CHM avaient été pris à partie par une foule très en colère de voir arriver à Mayotte, des blessés venus des Comores tandis que les secours partaient au plus vite en direction du CHM. Ce soir et tout le week-end, les pompiers et notamment les nageurs resteront en  alerte « Kwassa » d’autres pouvant arrivés dans la journée ou la nuit et c’est d’ailleurs déjà le cas ce jeudi soir au Sud de l’île (le survol de l’hélicoptère de la préfecture l’attestant).

Comme pour l’Algérie, la gravité des événements de Moroni devraient entraîner un exode massif de la population comorienne vers Mamoudzou.

A part cela effectivement, les services publics mahorais sont submergés  avec 27 naissances dans les dernières 24 heures, 35 naissances samedi et la nuit de samedi à dimanche, soit 62 futurs scolarisables. Marine Le Pen l’a bien reconnu à l’hôpital : « le nombre d’accouchements est tout à fait spectaculaire. Cela correspond à peu près à trois grands hôpitaux de Rennes cumulés par exemple. C’est ce que me disait un médecin qui arrivait précisément de Rennes. On voit que les services publics qui sont faits pour une population normalement de 250.000 personnes, en fait, sont tous submergés » sans parler, ajouta-t-elle de l’impression de vivre dans une déchetterie à ciel ouvert.

Mais alors ne sommes-nous pas au pied du mur et comme pour l’île de Chagos ne faut-il pas retourner à la commission de l’ONU pour revoir le processus de décolonisation de toute l’île ?(https://www.polemia.com/mayotte-un-territoire-a-decoloniser-dans-le-respect-du-droit-international/) ) Sujet tabou sans doute pour la démagogue du Rassemblement national, qui semble bien inepte en politique internationale mais finalement très obéissante aux autorités pour taire la complicité des deux régimes comorien et français sur le dos bien sûr de chacun de leur peuple et pour les intérêts de quelques uns, patrons néo-colons qui accompagnaient d’ailleurs la Présidente du RN.