LES RESERVES MONÉTAIRES EN OR DE LA CHINE

par Marc ROUSSET

Elles sont deux fois supérieures à celles des États-Unis.

Lorsqu’on lit les journaux occidentaux et les statistiques occidentales actuelles, FMI inclus, il apparaît invariablement que les États-Unis détiennent 8133 tonnes d’or, la France 2135 tonnes, la Russie environ 2500 tonnes, l’Europe environ 10 000 tonnes et la Chine 1800 tonnes seulement.

En ce qui concerne l’or américain, contrairement à ce que croient certains, il n’est pas détenu à la Fed de Washington, mais environ pour 5% à la Fed de New-York, 58% à Fort Knox (Kentucky), 20% à l’école militaire de West Point (Etat de New -York) et 16% à Denver dans le Colorado.

Il est possible d’avoir des doutes sur ces 8133 tonnes d’or américain en raison de la qualité réelle et de la teneur en or des lingots détenus. Lorsque l’Allemagne a voulu récupérer une partie de son or en 2016, elle a été priée d’attendre quelque temps et les lingots américains ont dû être refondus. Les barres américaines semblent en fait invendables sur le marché international et ne sont utilisées que lors de transactions entre les banques centrales.

L’Occident, sous l’emprise du mythe du roi dollar, passe son temps, depuis 1945 et la mise en place du Gold Exchange Standard lors de la réunion de Bretton Woods, à mépriser l’or, cette « relique barbare », comme le prétendait Lord Keynes. Les banques centrales occidentales ont mené une politique suicidaire n’hésitant pas à vendre leur or, lorsque les marchés baissaient, ce qui ne faisait qu’accélérer la chute du prix de l’or.

C’est ainsi que Gordon Brown n’a pas hésité à vendre de grandes quantités de l’or britannique au plus bas du marché et que Nicolas Sarkozy a également vendu quelques centaines de tonnes de l’or français, suite à la désaffection de l’or en Occident. C’est la raison pour laquelle aujourd’hui encore les Américains détiennent peu d’or à titre privé par rapport aux autres pays et que si l’on veut acheter de l’or en France, les grandes banques françaises n’assurent plus ce service, d’où l’obligation de passer par des sociétés spécialisées. Le système est ainsi organisé pour décourager le plus possible les Occidentaux d’acheter de l’or.

La Chine, elle, après Mao, animée du bon sens le plus élémentaire de Deng Xiaoping, n’a surtout pas voulu enlever leurs illusions aux Occidentaux tandis qu’elle décidait stratégiquement de tirer profit de leur erreur grossière en prenant le contrepied. Entre 1983 et 2002, la Chine a fortement augmenté la production de ses mines d’or, soit 42 460 tonnes, devenant ainsi le premier producteur mondial d’une façon indiscutable

Depuis 2002, la Chine a encouragé également sa population à acheter de l’or à titre privé, pour environ 15 000 tonnes, tandis que la Banque centrale procédait à des achats sur le marché mondial dans le plus grand secret par l’intermédiaire de nombreux courtiers de Shanghai. Certains experts estiment que la Chine détiendrait en réalité aujourd’hui entre 15 000 et 20 000 tonnes d’or, soit deux fois plus que les États-Unis. Les 1800 tonnes officielles correspondraient seulement à l’or détenu physiquement détenu dans les coffres de la Banque centrale, tout comme les 5% d’or américain à la Fed de New-York.

La Chine, dans sa rivalité de leadership mondial avec les États-Unis, laisse planer le doute et garde ce chiffre secret pour le mettre sur la table, à la face du monde entier, le jour où elle estimera que son intérêt supérieur consistera à faire du Yuan une grande monnaie internationale de règlement commercial et de réserve monétaire, à égalité avec le dollar, l’euro et le yen japonais. La grande quantité d’or accumulée en secret garantirait alors la valeur du yuan qui serait convertible en or. Il est certain qu’étant donnée la situation économique actuelle du monde et de la Chine, son intérêt actuel immédiat n’est pas de faire du yuan une grande monnaie internationale, mais plutôt de privilégier un yuan faible non convertible en or ou en devises, afin de pouvoir mieux exporter, suite au protectionnisme grandissant des États-Unis et d’autres pays dans le monde.